L'aventure
L'aventure du collectif Appel à la Fraternité
Fraternité : ce mot que tout le monde croit connaître, le 3e terme de notre devise républicaine, pourtant longtemps le moins utilisé, dans l’ombre de la Liberté et de l’Egalité.
Pourtant, depuis quelques années, la Fraternité est revenue au cœur du débat sur la civilisation. Longtemps oubliée, l’idée d’une politique de civilisation trouve aujourd’hui une nouvelle résonance. En 1997, Edgar Morin et Sami Naïr publiaient Une politique de civilisation, dans lequel ils lançaient un défi, celui de définir une nouvelle civilité dans un monde de plus en plus complexe et agressif.
Les origines
Le 3 juin 1999, à l’initiative de Jean Louis Sanchez, fondateur de l’Observatoire de l’action sociale décentralisée, et directeur éditorial du Journal des acteurs sociaux, Jean-Paul Delevoye, président de l’Association des maires de France, René Lenoir, ancien ministre et président de l’Uniopss, Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, Jean Pontier, député de la 2ème circonscription de l’Ardèche et Claude Lise, sénateur et président du conseil général de la Martinique, lancent un vibrant appel à la fraternité à la veille du changement de millénaire.
L’appel récoltera le soutien de plusieurs milliers de signataires dont l’Abbé Pierre, Martine Aubry ou encore Jean-Baptiste de Foucauld.
Le président de la République d’alors, Jacques Chirac, s’associera à la démarche notamment lors de la remise de prix organisée dans le cadre du programme « Fraternité 2000 ».
Une grande aventure pour une « grande cause »
En 2004, les premiers signataires de l’Appel créent un collectif Appel à la fraternité, avec d’autres personnalités comme Jean-Michel Bloch-Lainé, président de l’Uniopss, Danièle Dumas, président de l’Union nationale ADMR, Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes handicapées, ou encore Antoine Rufenacht, maire du Havre. Se joindra également à la démarche l’association Les Petits Frères des Pauvres, présidée à l’époque par Jean d’Acremont.
Ce collectif demande et obtient que la fraternité soit érigée le 18 février 2004 « grande cause nationale », permettant une large diffusion de messages sur les médias publics, ainsi que la mise à disposition des services de l’État.
Le 25 mai 2004 sera consacré « Journée nationale de la Fraternité ». À cette occasion, des centaines de villes en France vont se mobiliser pour organiser des fêtes de voisinages, des goûters républicains, des animations intergénérationnelles et des actes symbolisant la fraternité. Un pique-nique géant va rassembler des milliers de personnes au Jardin du Luxembourg à Paris, en partenariat avec le Sénat. S’ensuivra une série de conférences à la Sorbonne ainsi que la première édition du Village de la Fraternité en décembre 2004 place Saint-Sulpice à Paris. Sur le modèle des marchés de Noël, ce village est destiné à promouvoir l’acceptation de la différence.
Aller vers le local
Dès 2005, le collectif Appel à la fraternité poursuit son action en direction des communes, convaincues que si la liberté et l’égalité sont d’abord l’affaire de l’Etat, la fraternité est d’abord l’affaire du local. Le Collectif propose que les communes s’engagent dans des chartes municipales de la fraternité, qui seront signées par près de 800 maires, encouragés par les principales associations d’élus (AMF, AMGVF, FMVM, APVF).
Trois directions guident cet engagement :
• L’encouragement à l’engagement citoyen, à travers la valorisation et l’organisation du bénévolat et la promotion de la convivialité par la multiplication des occasions et des espaces d’échanges ;
• Le renforcement des dynamiques intergénérationnelles, à travers notamment la participation amplifiée des plus âgés à la mission éducative ;
• L’élaboration d’un projet global visant à irriguer l’ensemble des politiques locales d’un objectif commun, le développement du lien social et des solidarités de proximité.
Verra également le jour les Lauriers de la fraternité, un prix récompensant les villes les plus engagées en faveur de la grande cause nationale. En juillet 2005, les villes de Marseille (13), Ajaccio (20), Morteau (25), Nancy (54), Tournon-sur-Rhône (07) et Albertville (74) seront récompensées à l’occasion des rencontres nationales de l’Odas.
En 2006, ce sont les villes de Chalon-sur-Saône (71), de Clichy-sous-Bois (93), d’Évreux (27), d’Issy-les-Moulineaux (92), Mantes-la-Jolie (78), de Nantes (44), de Saint-Denis (93) et de Sainte-Geneviève-des-Bois (91) qui seront distinguées par le président du Sénat, Christian Poncelet lors d’un cycle de conférences « Fraternité », à destination des associations, des maires et des services publics.
Entre temps, le Collectif prépare un projet nouveau : les Ateliers du vivre-ensemble.
Des Ateliers pour faire ensemble
En 2009, les Ateliers du vivre-ensemble émergent. Ils ont pour objectif de mettre en œuvre des pratiques favorisant des liens nouveaux entre habitants et de réhabiliter les valeurs d’entraide, d’écoute et de respect entre citoyens et institutions. Les Ateliers s’articulent autour de l’analyse d’actions en faveur du vivre-ensemble et de la sélection des plus pertinentes à reproduire sur le territoire local. L’association L’Outil en Main, qui initie les enfants dès l’âge de 9 ans aux métiers manuels, a souvent été retenue lors de ces Ateliers.
Le coup d’envoi de ce projet est donné le 2 juillet 2009 dans la ville de Marseille (13). Durant les cinq années suivantes, d’autres Ateliers seront organisés à Saint-Jean de Maurienne (73), Besançon (25), Quimper (29), Valenciennes (59), Saint-Priest (69), Vitré (35) et Les Abymes (971).
Une réponse au terrorisme
Pour réagir face à l’horreur des premiers jours de janvier 2015, et dans l’esprit du rassemblement du 11 janvier, le collectif lance un nouvel appel à la fraternité, en direction des pouvoirs publics, avec le mot d’ordre : pas de sécurité sans fraternité, pas de fraternité sans sécurité. Face à ceux qui ne répondent au terrorisme que par des mesures sécuritaires, le collectif souligne l’urgence de revitaliser la cohésion sociale et d’engager rapidement des mesures en faveur du vivre ensemble. Plus de 7000 personnes signent ce nouvel appel.
La promotion des Journées citoyennes comme perspective
À partir de 2016, le Collectif s’attelle essentiellement à la promotion des Journées citoyennes, initiées à Berrwiller dans le Haut-Rhin, comme illustration significative de la capacité mobilisatrice des communes et du monde associatif. Les Journées citoyennes, dont le mouvement est animé et coordonné par l’Odas, sont aujourd’hui organisées dans 2000 communes. En juin 2021, le premier congrès les réunissant a lancé un appel à toutes les communes de France pour la réalisation d’une Journée nationale de la citoyenneté et de la fraternité, le 25 septembre 2021.